Euro de cyclisme: Fabio Jakobsen, à la poursuite du temps perdu

Analyse
Euro de cyclisme: Fabio Jakobsen, à la poursuite du temps perdu
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Dans le peloton, on le surnomme parfois « l’Oranje pressé » mais il n’a que faire de ce sobriquet qui lui desserre à peine la mâchoire. Quoique. Dimanche, dans son nouveau maillot blanc égayé d’étoiles bleues, il a souri avec franchise, pris le temps de décoder ses sensations avec journalistes et supporters.

Deux ans après l’accident qui a failli lui ôter la vie, au Tour de Pologne, Fabio Jakobsen trace son destin sans trop s’embarrasser de détours, il a juste hâte de rattraper le temps perdu, ces mois de souffrances, physiques et morales, affrontés avec énormément de courage et résilience pour redevenir un homme, puis un athlète, puis un coureur de top niveau. Celui qu’il était avant l’accident.

Il est aujourd’hui le meilleur finisseur de la planète. Le plus véloce, le plus tonique de tous (12 victoires en 2022). Encore plus fort qu’avant parce qu’il a vaincu ses peurs, parce qu’il sait le bonheur d’être en vie. Le coureur de Gorinchem (centre des Pays-Bas) est, ce dimanche à Munich, devenu champion d’Europe. Un titre que tous les observateurs lui promettaient, au bout de 209,4 km plats comme la main lors desquels seules l’offensive du duo Dillier/Postlberger et la chute d’Ackermann ont mérité mention. Le plus punchy dans les derniers décamètres d’un emballage massif, c’est lui, et nul autre.

Cinq médailles pour le cyclisme belge

La fin du scénario dominical, cousu de fil orange sur l’Odeonplatz de Munich, n’a donc surpris personne, elle a juste frustré Arnaud Démare (le Picard termine une nouvelle fois 2e après l’accessit de 2020 derrière Nizzolo) et notre compatriote Tim Merlier, qui n’a pu ponctuer comme il l’espérait le travail d’une équipe belge sans reproche. « Le lead-out était quasi parfait, je me suis juste retrouvé dans le vent un rien trop tôt » résumait le champion de Belgique (29 ans), pas vraiment déçu par sa prestation. « Un sprint est aussi une question de réussite, il faut que le timing soit tip-top, aussi bonnes soient vos sensations. En fait, je suis parti 15-20 mètres trop tôt, guère plus. Je l’ai assez vite senti mais il était trop tard, je devais aller au bout de mon choix. Fabio était le plus rapide, le meilleur a gagné… » Point barre, le tout énoncé d’une voix douce et posée, sans la moindre tonalité de dépit.

Projeté un poil trop tôt face au vent dans la dernière ligne droite ? « Il vaut mieux un rien trop tôt que pas du tout ! » souriait son ami et équipier Bert Van Lerberghe, qui avait avec Edward Theuns parachevé le travail. « Collectivement, nous avons assumé nos responsabilités toute la journée et même si nous avons manqué d’huile dans les rouages dans la finale, un manque d’automatismes logique puisque ce groupe roulait pour la première fois dans cette configuration. Un podium pour Tim, la mission est accomplie. » Et de trois médailles pour le cyclisme, après l’or de Lotte Kopecky (course à l’élimination sur piste) et l’argent de Robbe Ghys (course aux points).

Cap sur la Vuelta pour Merlier

Satisfecit partagé par le coach national, Sven Vanthourenhout. « Dans le futur, Tim gagnera encore pas mal de courses sans pourtant bénéficier d’une équipe aussi solide ! Les gars ont effectué un job parfait, Tim s’est projeté aux 200 mètres, une distance qui lui a déjà souvent réussi. Il n’y avait pas d’autre option, de toute façon. Jakobsen était un peu plus proche de lui qu’on ne l’espérait, c’est tout. »

Ancien cyclocrossman qui s’est découvert une jolie pointe de vitesse, Tim Merlier quitte la Bavière avec une médaille de bronze autour du cou. Le Flandrien (qui vit avec Cameron Vandenbroucke à Wortegem-Petegem, son village d’origine, où sa maman tient un bistrot connu de tous les fans de cyclisme) s’est rassuré sur la qualité de son travail estival et la légèreté de ses sensations quelques jours à peine avant la Vuelta (qui s’ouvre dès vendredi à Utrecht).

« Après le titre national, fin juin à Middelkerke, c’est vrai que le Tour de Wallonie n’a pas été fameux mais j’étais alors en préparation pour le Tour d’Espagne », sans grande envie de brûler des cartouches fin juillet. Après quelques nuits en chambre hypoxique puis un stage à La Plagne, le Flandrien s’estime prêt. Prêt à entrer sans tarder dans le club des coureurs ayant remporté une étape au moins dans chacun des trois grands tours du calendrier.

Lorsqu’il a un objectif en tête, Merlier est d’une ponctualité et d’une efficacité rares : succès dès la 2e étape du Giro 2021, à Novara ; victoire dès la 3e étape du Tour de France 2021, à Pontivy. Attendez-le dès la première semaine de la Vuelta, essentiellement aux Pays-Bas. >A Munich, Eric Clovio

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