Carte blanche: à l’UCLouvain, ces modalités d’examens qui nous détruisent

Carte blanche
«Je trouve ça incompréhensible que l’Université continue de mettre à ce point des bâtons dans les roues des étudiants»
«Je trouve ça incompréhensible que l’Université continue de mettre à ce point des bâtons dans les roues des étudiants» - BelgaImage

J’ai commencé des études à la faculté de psychologie de l’UCLouvain en 2019. Depuis toujours, mon projet de vie était de devenir psychologue, de pouvoir venir en aide aux personnes dans des situations difficiles, de pouvoir être solidaire. Malgré des débuts difficiles à l’université, comme pour beaucoup, j’ai continué à m’accrocher et à garder ma motivation. Mais le doute sur comment sont organisées nos études a commencé à partir de la session de juin 2020 pour des motifs que je n’aurais pu imaginer et s’est confirmé en janvier 2022.

J’ai notamment passé à cette dernière session un examen de « Psychologie sociale et psychologie culturelle et interculturelle » (LPSP1205) pour la troisième fois. Pour quelle raison ? Je devais obtenir 40/60 pour réussir cet examen, chose que je n’ai jamais réussie jusqu’ici. Je connaissais la matière pourtant, j’avais la motivation et la passion pour mes études. Cependant, même si j’ai toujours eu plus que la moitié de bonnes réponses à l’examen, je l’ai sans cesse raté.

Je me rappelle encore les mots du professeur de notre plus gros cours de bac1 qui valait 14 crédits : « regardez à votre gauche, regardez à votre droite, l’année prochaine il ne restera qu’un seul d’entre vous ». À l’époque j’étais choquée mais aujourd’hui après avoir eu plusieurs cours avec de telles modalités d’évaluations injustes, je regrette de voir que cette phrase soit réelle. Je me permets de dire ouvertement que ces modalités sont injustes comme l’a montré un arrêt du Conseil d’État du 3 mai 2021 en donnant raison à un étudiant de l’UCLouvain qui dénonçait, entre autres, le non-respect du seuil de réussite dans un cours de la faculté de psychologie.

Dans cette affaire, l’étudiant devait fournir 13 réponses exactes parmi 20 questions, pour chacune des deux activités d’apprentissage composant l’unité d’enseignement « Psychologie du Travail et des Organisations » et que l’étudiant bénéficiait d’1 point pour chaque bonne réponse. Dans ce contexte, le Conseil d’État rappelle que « bien que la partie adverse ait indiqué que le seuil de réussite était de 10/20, tel n’est cependant pas le cas étant donné que pour réussir, le requérant devait fournir 13 réponses exactes à 20 questions, tout en étant crédité d’1 point par bonne réponse, ce qui implique que le seuil de réussite était de 13/20 pour chacune des activités d’apprentissage et en conséquence pour l’unité d’enseignement dont elles étaient les composantes. Ce décidant, la partie adverse a violé l’article 139 du décret du 7 novembre 2013 qui prescrit que le seuil de réussite pour acquérir les crédits associés à une unité d’enseignement est de 10/20 et non de 13/20. »

Cet arrêt vient renforcer le décret paysage qui énonce que la réussite est fixée à 10 sur 20. Pourtant, d’autres cours continuent à appliquer des modalités similaires, et si on fait un recours, on se heurte vite à un mur financier. D’abord le recours passe par la faculté et le président du jury, qui évidemment, ne vont pas statuer contre ces pratiques. Ensuite, faire un recours devant le conseil d’état n’est en réalité pas accessible à tout le monde au vu du prix que cela coûte. On parle de 600€ ne fût-ce que pour ouvrir le dossier et d’une procédure qui dans son entièreté me coûterait 5000€ ! Je ne pouvais pas me permettre cela, quand bien même j’étais dans le juste, j’ai donc dû abandonner mon recours. Le Covid nous a montré qu’on n’a jamais eu autant besoin de psychologues. Je trouve ça incompréhensible que l’Université continue de mettre à ce point des bâtons dans les roues des étudiants au lieu d’essayer de tout mettre en place pour que nous soyons formés.

Mais pourquoi les professeurs en viennent-ils à faire ça ? Pourquoi les professeurs et assistants ont l’air à bout dans nos facultés et pourquoi nos auditoires sont pleins à craquer ? Je suis étudiante, mes parents ont déjà dû débourser 800 €. C’est beaucoup et pourtant l’enseignement supérieur semble sous-financé. Ce besoin de sélectionner les étudiants vient en partie de ce sous-financement. Certains profs ont déjà dit qu’ils ne faisaient pas cela de gaieté de cœur mais qu’ils n’ont finalement pas le choix. Ils doivent sélectionner tout simplement à cause du manque de financement.

Madame la ministre Glatigny, au lieu d’accepter des détournements du seuil de réussite à 10/20 et des modalités totalement injustes et anti-pédagogiques, de dégoûter des centaines d’élèves de leur passion, mais aussi de forcer des professeurs à mettre ce genre de modalités en place faute de temps et de moyens, ne pensez-vous pas qu’il faudrait plutôt investir dans l’enseignement à la hauteur de ses besoins ?

J’espère avoir la force de continuer mes études car elles me plaisent mais chaque examen passé avec des modalités aussi injustes me donne l’impression qu’on veut me faire rater plus qu’on ne veut me faire réussir. J’espère sincèrement que ce pavé dans la mare pourra aider à faire avancer les choses. Je sais que nous sommes nombreux.es à être dans des situations pareilles à cause du sous-financement de l’enseignement supérieur. Ne nous laissons pas faire et faisons-nous entendre !

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